La solidarité est plus que jamais à l’ordre du jour. Tant mieux si la mobilisation des associations et de la société civile permet aujourd’hui d’obtenir de l’Etat des places d’hébergement en plus grand nombre. Mais ne nous leurrons pas sur des coups de projecteurs qui ne sont que ponctuels et médiatiques, à chaque retour des grands froids, sur des réponses politiques apportées dans l’urgence et la précipitation.
Dans le 4e, nous travaillons depuis six ans avec la population de la rue et les personnes démunies, en constante augmentation. Cela fait plus de quatre ans que lors des périodes de Grand Froid, nous ouvrons la salle Jean Mouly de la Mairie pour accueillir ceux qui vivent ou essayent de vivre sur nos trottoirs. Je l’ai fait pour répondre précisément à la demande de ces hommes de ne pas se retrouver dans un foyer anonyme dans des conditions d’insécurité tant redoutées.
Face à une véritable situation de crise, nous avons décidé de prendre ce problème à bras le corps même si la mairie d’arrondissement n’est pas a priori l’échelon compétent dans ce domaine. Nous expérimentons des réponses de proximité pour venir en aide aux personnes en grande précarité que nous côtoyons au quotidien.
Rien ne remplace le travail à long terme. Pour pallier les insuffisances de la prise en charge et du suivi individualisé des pouvoirs publics, un travail de longue haleine reposant sur tout un réseau de solidarité (associations, services sociaux, Hôtel-Dieu) et coordonné par la mairie du 4e a été instauré. Je n’ai pas attendu le Premier Ministre pour me dire qu’il était insupportable de remettre à la rue une fois la période de froid disparue, ces SDF. C’est bien précisément cela qui nous a conduit à mettre en place ces dîners mensuels en mairie où associations, médecins, administration et SDF se retrouvent en mairie, afin d’examiner comment aider ces derniers à sortir de la rue. C’est cela qui nous a conduit à signer avec l’Hôtel Dieu et les mêmes partenaires une convention pour assurer un véritable suivi médical de ces personnes en souffrance. L’activation de ce réseau a permis d’aboutir à des résultats positifs avec des réinsertions réussies. Mais il nous faudrait un nombre de travailleurs sociaux bien plus conséquent car aider un homme ou une femme à sortir de la rue nécessite beaucoup de temps, de disponibilité quand les fils de la désocialisation ont été rompus.
A propos de la misère…
Un problème qui n’est pas récent… En écoutant un sujet de France Inter mardi 18 décembre matin, j’ai en effet repensé aux propos de Victor Hugo dans son « discours sur la misère » le 9 juillet 1849 devant l’Assemblée Nationale : « Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. [… ] Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli. [… ] Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ? [… ] Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire. [… ] Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes ! »


Les commentaires récents